Sous les jupes de … Victoria, fondatrice de Madame porte la Culotte

Bonjour Victoria,

Parle-nous un peu de toi !  Qui es-tu ? d’où viens-tu ?

Je m’appelle Victoria, j’ai 30 ans, je suis française. J’ai grandi à Brive-la-Gaillarde, une petite ville dans le Limousin, et depuis mes 16 ans j’ai pas mal bougé et bourlingué (France, Irlande, Belgique, Australie, …) .

Que réponds-tu à la question : que fais-tu dans la vie ? Quelles sont les réactions de tes interlocuteurs ?

« Je suis la créatrice d’une marque de culotte qui s’appelle Madame porte la culotte » ! Ça entraîne souvent des réactions (des rires ou des sourires quand je me présente à une femme)

Comment et pourquoi avoir lancé ta marque de lingerie ? (Répond-t-elle à une problématique personnelle ?)

J’étais moi-même à la recherche de sous-vêtements confortables et esthétiques qui répondent à une certaine éthique dans leur fabrication. À force de chercher et de ne pas trouver, j’ai fini par créer ma propre marque.

Quelles sont les valeurs de ta marque ?

Des valeurs de liberté, la justice, l’égalité et la sororité !

Qu’est-ce qui t’a inspiré ? comment as-tu commencé ?

J’étais en pause, je réfléchissais à ce que j’allais faire dans les mois et années à venir n’ayant toujours pas trouvé un boulot qui me plaisait à 100% et tout à coup je me suis dit : « et si je créais une marque de culottes ? ». Quelques minutes plus tard, je discute avec mon père, et il me demande par hasard ce que j’aimerais faire dans les années à venir. Je lui réponds un peu en rigolant « créer et vendre des culottes ». Lui qui est d’habitude prudent et rarement emballé m’a tout de suite dit « c’est une excellente idée ! ». C’est comme ça que j’ai commencé, grâce à quelqu’un, qui plus est mon père, qui a cru en mon projet avant même que j’y crois vraiment moi-même.

Pourquoi avoir choisi ces matières ? ces formes ? (Produits de ta collection)

La matière était très importante pour moi. J’y ai beaucoup réfléchi et à chaque moment de doute je revenais toujours au coton. C’est pour moi la matière idéale pour les sous-vêtements, surtout le coton bio qui utilise 80% moins d’eau que le coton non bio (on utilise beaucoup d’eau pour débarrasser le coton non bio de tous ses pesticides). D’ailleurs ça n’est pas une coïncidence si les goussets, ces petits bouts de tissu cousus à l’intérieur de nos sous-vêtements au niveau de l’entrejambe sont toujours en coton…

Au niveau de la forme, le défi était de faire des culottes en coton qui ne marquent pas les fesses et qui soient à la fois confortables et esthétiques. Ça a donné une forme unique arrondie et englobantes avec plus de tissu couvrant les fesses que sur une culotte basique, des élastiques ajustés cousus à l’intérieur du tissu pour ne pas marquer la peau et être agréables au porté, et une taille ni trop haute ni trop basse. Mon rêve serait de développer d’autres formes pour satisfaire le plus de fesses possible !

Quel(s) message(s) souhaites-tu transmettre à travers ta marque de lingerie ?

Des messages ego-booster pour que les femme se sentent plus fortes et aient une plus grande confiance en elles. D’ailleurs, je transmets réellement ces messages en les imprimant au fond de chaque culotte.

Ton coup de cœur dans ta collection ?

La culotte Jungle ! C’est un imprimé sur lequel j’ai longtemps travaillé. Moi qui n’ai pas de formation en design, je suis très fière du résultat et encore plus quand on mes clientes me disent qu’elles aiment cet imprimé.

Qu’est-ce que représente la lingerie pour toi ?

La lingerie est une pièce d’habillement qui permet de se couvrir, de se protéger, mais aussi de s’embellir et de se magnifier.

Quel est ton rapport à la lingerie ?

J’ai été une grande adepte des ensembles de lingerie fine dès l’âge de 20 ans. Je voulais être très féminine et à l’époque j’aimais pouvoir me sentir belle et femme à travers de la belle lingerie, et surtout j’aimais le pouvoir de séduction qui y était associé. Mon rapport à la lingerie a changé du tout au tout lorsque je suis partie voyager dans un van pendant 1 an en Australie. J’ai porté et usé les quelques culottes que j’avais emportées avec moi, et j’ai complètement délaissé la lingerie « fine » prise dans mes bagages. Il me fallait du confort et du pratique. De retour en France j’ai voulu retrouver un peu plus de féminité mais tout en gardant le confort dont je ne pouvais plus me passer. C’est à seulement là que ma quête des culottes confortables et esthétiques a vraiment commencé.

Pour toi, qu’est la place de la lingerie dans la sexualité ?

Pour moi, la lingerie est souvent associée à la séduction, à la sensualité, à la féminité, et si l’on va plus loin, à la sexualité : on pense souvent au mot « sexy » quand on pense à la lingerie. La femme a longtemps été vue comme un objet de désir et de plaisir, non pas pour se plaire à elle mais pour satisfaire le regard des hommes. Aujourd’hui encore, lorsque l’on voit les publicités comme par exemple pour Aubade (ces photos de corps de femmes ultra sensuels en noir et blanc avec des phrases d’accroches sous formes de leçons qui expliquent comment séduire son partenaire) la femme reste objet de désir et de plaisir, son corps est sexy, tout en courbe et en finesse, sans un poil ou une vergéture, habillé d’une lingerie certes très jolie mais pas vraiment confortable au quotidien, tout ça pour plaire aux hommes. En général, et je ne pense pas me tromper là-dessus, lorsque l’on achète de la lingerie, notre pensée sera pour notre partenaire et ce qu’il va en penser, plutôt que pour notre propre plaisir, et quand on y pense c’est assez aberrant parce qu’au final c’est nous qui allons porter au quotidien ces jolies parures qui nous rentrent dans les fesses et nous grattent. La lingerie peut être magnifique, et nous aider à nous trouver belle aussi, mais je pense qu’en tant que femmes on devrait sortir de cette idée que l’on doit être sexy pour plaire à l’autre, nous ne sommes pas juste des objets de désir mais des êtres pensants, bien vivants et libres, intelligents, drôles, intéressants, courageux, fascinants, surprenants, captivants et j’en passe. Il y a tellement plus à être associée à autre chose qu’à ce qui est sexy !

Peux-tu nous décrire ton tiroir de lingerie ? Quelles marques de lingerie portes-tu ? pourquoi ?

En ce moment, il est rempli avec des culottes bien confortables Madame porte la culotte, un soutien-gorge assez vieux mais ultra confortable noir avec un peu de dentelle de la marque Calida (d’ailleurs on me l’a donné…), des brassières légères et fines pour le Yoga et le sport, un ensemble très joli que je porte parfois de la marque Princesse Tam Tam, et quelques culottes/tanga Etam.

Qu’est-ce qu’être féminine ? féministe ?  

Être féminine c’est se sentir belle et bien dans son corps. C’est porter des vêtements qui nous vont bien et qui s’accordent avec nos formes. C’est se sentir femme, dans toute notre force, notre sensibilité, et nos attributs de femme.

Être féministe, c’est se battre pour l’égalité des genres. On peut être un mec et être féministe. Pour moi le féminisme disparaîtra de lui-même lorsque l’égalité des genres, ou du moins l’équité, sera atteinte. On n’est pas encore rendus mais il y a du changement, et le changement passe avant tout par une évolution des mentalités, je pense surtout aux femmes quand je dis ça et à la manière dont elles se voient (le fait qu’en tant que femme on ne se voit pas aussi fortes que les hommes, ou plus sensibles, ou moins courageuses). C’est à nous en tant que femmes de prendre notre place et de ne pas nous écarter ou nous en excuser. Évidemment certains hommes aussi ont du travail à faire sur leur vision qu’ils ont des femmes et la manière dont ils les traitent.

C’est quoi être une femme en 2018 ? C’est être féministe J Et je répondrais la même chose pour la question « c’est quoi être un homme en 2018 »

C’est quoi être une femme entrepreneure ? C’est la même chose que d’être un homme entrepreneure, mais en plus audacieux peut-être parce que l’on a moins de modèles de femmes entrepreneures que d’hommes entrepreneurs

Connais-tu aujourd’hui des limites en tant que femme chef d’entreprise ?

Non, j’ai pourtant cru qu’il y en aurait mais finalement les limites sont celles que l’on se met dans la tête. La seule chose qui pourrait m’inquiéter aujourd’hui c’est si je décide d’avoir un enfant, comment gérer mon travail et l’arrivée d’un enfant dans ma vie. Là aussi c’est peut-être parce que je manque de modèles de femmes qui ont réussi à coupler vie de famille et boulot ultra intense. Et puis je ne serai pas seule dans le process, on sera 2 à gérer ! J

Quel regard les autres posent-ils sur toi ? te renvoient-ils de toi-même ?  Je ne sais pas quel regard les autres posent sur moi et j’essaye de ne pas trop y penser. Mais je sais que mes amis posent un regard bienveillant sur moi et ça m’aide beaucoup !

Comment tu te sens dans ton corps ?

En ce moment plutôt bien.

Comment prends-tu soin de toi ? physiquement ? mentalement ? intérieurement ?

Je fais du yoga Iyengar deux fois par semaine, j’essaye d’aller courir de temps en temps. Je devrais marcher et prendre l’air tous les jours et faire plus de pause mais j’ai tendance à oublier, et pourtant ça me fait un bien fou à chaque fois.

Que fais-tu quand tu as un moment down ?

Honnêtement, je pleure, et je me force même à pleurer pour faire sortir les émotions que j’ai tendance à enfouir au fond de moi. Et puis je parcours dans ma tête tout ce qui me rend triste, me fait peur ou me blesse. J’écris tout ce qui me vient en tête, c’est une forme d’exutoire et ça me libère beaucoup. J’en parle aussi à mes amis, à mon compagnon ou à mes sœurs, ça aussi ça me fait du bien.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu aux femmes qui ne se sentent pas bien dans leur peau ?

Je leur conseillerai de s’acheter des culottes Madame porte la culotte, de les porter, et de lire au quotidien les messages ego-booster et « body positive » au fond de leur culotte ! Je leur conseillerai aussi qu’elles se disent tous les jours : « aujourd’hui, je vais fais du mieux que je peux ». Qu’elles prennent du temps pour soi, qu’elles soient bienveillantes avec elles-mêmes, qu’elles se concentrent sur ce qu’elles aiment chez elles plutôt que sur tous ces petits détails qui ne leur plaisent pas. Qu’elles se répètent qu’elles sont parfaites telles qu’elles sont et qu’elles sont belles. Et puis qu’elles se regardent moins souvent dans la glace et se déconnectent des comptes Instagram qui ne leurs font pas du bien (je pense aux comptes qui montrent des gens à la vie parfaite, à la longue ça peut avoir un impact négatif sur la manière dont on se voit et dont on voit notre vie).

Quel est ton hygiène de vie ? ton rituel du matin ? tes routines ?

J’essaye de commencer à travailler tous les jours à 8h30, parfois plus tôt parfois plus tard. J’ai la chance de pouvoir travailler à mon rythme, de chez moi, c’est une grande liberté mais ça demande une certaine responsabilité et beaucoup de rigueur. Je n’ai pas vraiment de rituel, je me fais souvent un thé vert le matin avant de prendre mon petit déjeuner. Il n’y a rien de plus réconfortant qu’une tasse de thé bien chaude, surtout quand il fait froid et qu’il pleut dehors.

As-tu des addictions ? des péchés mignons ?

Oh oui ! Je viens de passer un mois sans alcool. Je pensais que ça serait facile et honnêtement c’était plus difficile que je ne le pensais. Ça n’est pas très drôle d’aller au restaurant ou à une soirée avec des amis et de commander un jus de pomme… Mais au final on s’y fait et ça m’a rendue plus forte de savoir que je suis capable d’arrêter pendant un temps. Le seul problème, c’est que je déteste les interdictions, si on me dit que je n’ai plus le droit de manger du pain ou des cornichons, ou n’importe quoi, je peux être sûre que je ne vais penser qu’à ça pendant les semaines à venir alors que je n’en aurai peut-être pas mangé tant que ça naturellement.

Mon péché mignon, c’est le chocolat noir. Et le tabasco ! Le tabasco c’est le truc que je prendrai avec moi si on m’envoyait sur une île déserte. Comme Sylvain Tesson quand il part seul vivre reclus pendant des mois en Sibérie (il en parle dans son excellent livre « dans les forêts de Sibérie »).

Peux-tu nous citer une citation qui t’est chère ?

« Chaque être aimé, en disparaissant, ravit un peu de chair, un peu de sang, à ceux qui restent sur la terre, tremblant de froid et de fadeur dans le crachin continu de l’absence. » C’est une citation de Sylvie Germain, une autrice que j’aime beaucoup. C’est un peu lugubre comme citation, je dois l’avouer, mais elle me touche profondément et m’est restée en tête.

Quels sont les personnes ou personnages qui t’inspirent le plus et/ou à qui tu aimerais ressembler et pourquoi ?

Rachel Green dans Friends ! Je suis en train de me refaire toutes les saisons de Friends. Je ne m’étais jamais rendue compte de la beauté et du charisme de Jennifer Anniston quand je regardais cette série ado. Je trouve son personnage drôle par son innocence et son enthousiasme, elle a une sorte d’optimisme et de confiance en elle qui la poussent à faire des trucs plutôt fous et courageux, comme par exemple d’assister au mariage de Ross pour lui dire qu’elle l’aime. C’est cette confiance en elle et cette façon d’y aller malgré ses doutes et ses peurs sans avoir peur du ridicule, que je trouve inspirante.

Où te vois-tu dans 5 ans ? 10 ans ?

Mon petit doigt me dit que je vais recommencer à voyager ou peut-être m’expatrier dans un autre pays que la France d’ici 10 ans. Mais pour l’instant je vais continuer à développer mon entreprise à Nantes parce que je m’y sens vraiment bien et que j’aime ce que je fais.

Quelque chose à ajouter ?

Merci Daphné pour ce chouette questionnaire ! Les questions sont très bien choisies :)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *