Petite réflexion sur les règles

Quand j’ai entrepris mes recherches sur ce long et vaste sujet que sont les règles, je me suis fait tout un tas de réflexions et je me suis aussi remémorée de nombreux souvenirs. Déjà, je fais partie d’une minorité de femmes chez qui les règles n’ont pas de réel impact. Enfin en tout cas, c’est ce que je crois car elles sont très courtes et physiquement, je ne me sens pas particulièrement fatiguée. Émotionnellement peut être que c’est une autre histoire mais vu que je ne les ai que très rarement, je ne m’en rends pas vraiment compte. Elles sont d’ailleurs si inexistantes que je croyais même être stérile à un moment. J’en avais l’intime conviction puis j’ai vite compris que je faisais faute route…Preuve que je n’écoute certainement pas assez mon corps ou alors je lui fais inconsciemment démesurément confiance. Certaines amies m’ont confié avoir su à l’heure près qu’elles étaient enceintes tant elles sont réglées comme des pendules. Ça m’a subjuguée. Je suis réglée depuis plus de 20 ans et je n’ai strictement aucune idée de quand elles vont tomber à tel point que parfois, je pars en week-end sans aucune protection féminine. Et pourtant, pas de tabou dans ma famille. On n’en faisait pas un sujet de conversation mais on ne s’empêchait pas d’en parler. 

Ado, vu que je faisais de la natation synchronisée trois fois par semaine, j’ai été tout de suite mise dans le vif du sujet, condamnée à remiser au placard les gentilles petites serviettes pour pouvoir nager sans crainte de voir rouge. Je ne dirai pas que ce fut une expérience traumatisante mais ce qui est sur c’est que j’ai grandi d’un coup parce que j’avais à peine 11ans quand ça m’est tombé dessus. Puis l’histoire s’arrête là, elles se sont insérées dans ma vie sans que je n’en souffre réellement. Pas de douleurs particulières, pas de syndrome pré-menstruel, pas d’endométriose, pas d’envie d’aller tester des alternatives comme la cup ou la culotte menstruelle. Si les règles ont dorénavant leur journée officielle, célébrée le 28 mai c’est pour aussi rappeler que de nombreuses femmes dans le monde sont en situation de précarité menstruelle et ainsi favoriser un meilleur accès aux protections hygiéniques. L’ONG Care, réseau humanitaire de solidaritéinternationale qui met en œuvre des projets d’urgence et de développement depuis près de 70 ans a également crée un programme pour lutter contre le tabou des règles, baptisé#RespectezNosRegles. On tend en effet à oublier cette terrible réalité voilà pourquoi il est important de libérer la parole et d’en parler sans crainte. Dans cette lignée, j’ai ainsi sondé les femmes de mon entourage pour en savoir un peu plus sur leur histoire avec les règles, leurs habitudes en terme de protection et voilà ce que j’ai recueilli :-)

De l’art menstruel pour vaincre les tabous, par Sarah Naqvi.

Chloé, 30 ans raconte son doux rapport avec les règles et comment elle connecte ses cycles à son environnement extérieur. « Elles me font sentir femme, vivante, connectée à la nature, à la lune et aux marées ! Je ressens véritablement tous les mois cette vague qui monte, monte, jusqu’à l’ovulation. C’est la période idéale pour accomplir mes projets, être dans l’action, agir sur le monde. Je me sens belle, désirable, puissante. C’est là que j’ai envie de sortir, créer, faire. Puis, cette vague se retire et mon rythme ralentit. Je suis plus fatiguée, irritable, émotive. Au boulot, je me concentre sur les taches de routine et j’évite de commencer des projets. Au contraire, je ressens le besoin de clore les dossiers. Je vis l’arrivée de mes règles comme une petite délivrance de ce syndrome prémenstruel. J’ai appris à gérer mes règles et grâce à des contractions volontaire du périnée, je limite l’intensité des douleurs. Et puis j’utilise la cup depuis 5 ans, et j’aime bien voir le sang qui change d’aspect durant ces 4 jours de règles… le 5ème jour je mets juste une protection et je repars pour un nouveau cycle de vie. »

Une réinterprétation de la vague d’Hiroshige (Getty images)

N’ayant personnellement jamais sauté le pas pour la cup, j’ai décidé d’approfondir sur le sujet et c’est qui est revenu à plusieurs reprises c’est que grâce à ce petit accessoire en silicone, on a le sentiment de pouvoir maîtriser ses flux en voyant la consistance exacte de ce que l’on perd et à quel moment. Alice 32 ans renchérit : « J’ai complètement oublié ce que c’est d’acheter des tampons ou des serviettes, de les changer, les jeter etc. Je trouve dans l’ensemble que c’est une vraie libération, notamment quand tu voyages car tu n’as rien à prévoir à part de l’emporter. Avant d’essayer, j’avais lu des trucs hyper positifs, je me disais que c’était une secte mais en fait il y a vraiment un avant et un après. Le bémol c’est qu’il faut la stériliser mais ça ne prend pas trop de temps non plus. D’un autre côté, j’en ai un peu marre personnellement de me mettre des corps étrangers dans le vagin, donc j’aimerais essayer de passer à la culotte menstruelle. »

La culotte menstruelle, c’est une innovation qui a séduit Claire qui utilise par ailleurs la cup depuis 5 ans et qui revit grâce à cela, elle qui a des règles longues et abondantes. « Cela fait 1 an que j’ai découvert ce truc incroyable : la culotte qui absorbe les règles. En la combinant avec la cup pour mes flux importants, finies les fuites ! Il me paraîtrait impossible de revenir à des tampons ou des serviettes. Aujourd’hui si je mets un tampon ça me gratte… Que ce soit au niveau confort, écologique, économique, je ne vois aucune raison de revenir en arrière. »Comme Alice, elle a le sentiment de re-découvrir ses règles : « A les voir de si près, on se rend compte que les règles c’est du sang certes mais aussi des pertes, de la texture, une odeur… Je n’irai pas jusqu’a dire que j’ai re-sacralisé mes règles mais ça m’a définitivement rapprochée de ma féminité. »

Les règles, puissance de la féminité? Kitty star art.

Une conscience de la féminité que certaines approfondissent en pratiquant « le flux instinctif »qui consiste à retenir ses règles et à ne les déverser que lorsque l’on va aux toilettes. Un défi de taille pour votre prochain cycle !

Pauline Weber