Mannequin lingerie grande taille : une vraie révolution ?

Tara Lynn, taille 48, surnommée « The Body », pose pour les plus grands magazines internationaux : Vogue, Elle, The Times Magazine. Jennie Runk – 24 ans, taille 46 – est la nouvelle égérie de la collection de maillots de bain grande taille du géant H&M. Partout, sur les blogs, les magazines, la télé, les photos des mannequins lingerie grandes tailles sont reprises et citées comme exemple avec un cri de victoire. Le Huffington Post clame que ces mannequins sont en train de bousculer le monde de la mode, et que cette dernière va se voir obligée de changer complètement ses règles. Les marques de lingerie accusées de sectarisme en parlant de «lingerie grandes tailles », commencent à changer les noms de leurs collections. Serait-on en train de vivre une vraie évolution de société ? Ou s’agit-il d’un faux combat ?

mannequin grande taille dans la presse

Photo : Justine LeGault posa pour ELLE Québec.

La révolte en marche

La mode traduit nos rêves et nos aspirations. C’est la « persona » de notre société. Nous avions déjà parlé dans un précédent article, du rôle complexe que joue la mannequin lingerie, entre objet fantasme et sujet de controverse. Encore plus que tout autre modèle, puisqu’elle est mise à nue, la mannequin lingerie incarne l’archétype de la femme. Cela n’est donc pas étonnant que l’émergence de nouvelles mannequins lingerie aux formes généreuses fasse le tour des blogs et des médias.

clementine desseaux lingerie

Clémentine Desseaux

Candice Huffine Lingerie

Candice Huffine

kaoutar mouhim sexy

kaoutar Mouhim

robyn lawley lingerie

Robyn Lawley

Souvent, ces femmes de caractères saisissent l’opportunité que leur donne leur aura toute nouvelle pour prendre la parole et dénoncer les diktats de la mode. Et certaines marques, à leur tour, se précipitent pour reprendre leur message et les servir à une communauté en pleine révolte.

La bataille des mots sur la lingerie grande taille

C’est ainsi que le mannequin Emily Nolan clame haut et fort son « dégoût » pour l’appellation « Plus-size » sur son blog. La marque Cosabella, l’a récemment faite égérie de sa collection de lingerie grande taille, en renommant sa ligne “Plus size” en “Extended”.

« Lorsque nous cherchions un nom en pensant à la collection, « étendu » nous a paru un peu plus naturel » a confié la directrice de la communication, Shanon Kogler, au site de l’émission américaine Today.

lingerie grande taille

 

Personnellement, je ne vois pas en quoi ce terme “extended” a de plus subtil, et pourquoi « Plus-size » serait perçu comme plus insultant et maladroit. J’ai le sentiment que cela traduit un complexe au lieu d’une reconnaissance. C’est le même malaise qui nous empêche de dire « homme noir » en France sans avoir peur de passer pour raciste, tandis qu’on peut employer le mot « black » sans prendre (trop) de risque. Ce sont ces gênes qui pointent du doigt le trouble encore présent.

N’oublions pas que l’insulte ne concerne que celui qui l’écoute. Une femme de taille de soutien-gorge 100G porte une lingerie grande taille, une femme de taille de soutien-gorge 85A porte une lingerie petite taille. C’est une réalité, disons, “mathématique”.

Emily Nolan pousse le débat plus loin, en annonçant que si elle est heureuse que la marque Cosabella l’ait choisi pour égérie et ait changé le nom de sa collection, elle regrette néanmoins la catégorisation des marques de faire des gammes à part pour les grandes tailles créant « un écart entre les femmes de corpulences différentes qui ne devrait pas exister. »

Pourtant, il faut bien comprendre qu’un soutien-gorge taille 100K n’a pas les mêmes caractéristiques qu’un taille 80A. Les exigences de maintien sont évidemment plus importantes. Les bretelles doivent donc être plus larges, le tour de dos plus robustes, et les matières souvent doublées, pour un meilleur confort (plus d’infos sur la lingerie grande taille ici)

Ce ne sont pas de nouveaux tabous dont nous avons besoin, mais de voir des femmes épanouies dans leur corps, qui posent en assumant leur forme, et qui prennent la parole pour partager leur expérience et nous inspirer !

Au lieu d’accuser les marques avec diverses revendication, la célèbre mannequin grande taille Ashley Graham a pris les choses en main en lançant sa propre ligne de lingerie, Addition Elle, réservée aux formes généreuses. « J’ai utilisé mes propres expériences en tant que modèle grande taille afin de concevoir une lingerie à la fois séduisante, confortable et offrant un maintien parfait » explique-t’elle. Voilà se dont les femmes ont besoin !

 

D’un excès à l’autre

Suivant le même courant que Cosabella, la marque de lingerie Lane Bryant a même décidé de ne plus appeler ses vêtements « grande taille » mais remplacer par « Sa Taille ».

Ainsi, serait-on en train de faire des grandes tailles une normalité ? Après la glorification de la minceur, serait-on maintenant en train de faire l’apologie du surpoids ?

Partout dans les médias, j’entends des personnes s’émouvoir et se réjouir de voir apparaître « la beauté de la diversité des morphologies ». Pourtant, cette diversité, je ne la vois pas. La sublime mannequin de la dernière campagne Miroir de Muses, Mary Astrid, peine parfois à décrocher des contrats : trop grosse pour les uns, trop maigre pour les autres. Pourtant, avec son taille 38, elle a la morphologie la plus partagée d’une femme en bonne santé à son âge.

Mary Astrid n’a pas fait le choix radical qu’a pris la célèbre mannequin grande taille Jennie Runk. A l’âge de 13 ans, celle-ci se fait repérer par une agence de mannequin. Elle débute très tôt sa carrière, mais son taille 38 commence vite à lui faire frein. Son agence lui demande alors, soit de perdre des kilos… soit d’en gagner. Et la voilà qui se goinfre joyeusement de gourmandises…

Je soupçonne que la réalité derrière cette profusion d’images censées encenser la beauté des femmes aux courbes généreuses, n’est pas tellement le désir d’aider les femmes à se sentir bien dans le corps, mais bien de gagner des parts de marché dans une économie en crise. Le marché du vêtement grand taille est appétissant.

Entre le rêve et la réalité

« Censées humaniser un monde de maigreur auquel les femmes ne parviennent pas à s’identifier, la nouvelle tendance reste encore loin de la réalité : en Europe, une femme mesure en moyenne 1m63 et pèse 73 kilos. On est bien loin du 1m88 de Robyn Lawley (24 ans, taille 46), égérie Ralph Lauren, ou du 1m78 de Jennie. À quand des mannequins d’1m65 ? » Souligne avec justesse Weekend Magazine.

Mais, faut-il à tout prix chercher à s’identifier aux photos de mode ? Ne vous leurrez pas, les photos des mannequins grandes tailles sont tout autant retouchées que celles des mannequins de taille 34. Observez la peau parfaitement lisse de Tara Lynn sur cette parution pour V magazine :

Tara Lynn sexy mannequin grande taille

Et tant mieux ! Car la mode est là pour semer du rêve dans nos vies. Sublimer la femme, incarner un idéal, c’est cela qui donne à l’industrie sa noblesse. Gardons le rêve et l’inspiration, et oublions les comparaisons !

La femme palpable, réelle, désirable, c’est vous. Pas celle sur le papier glacé. Quelque soit la taille de la mannequin, et la votre.

 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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