Les Millenials, en mal de sexe?

Les jeunes boudent le sexe ? Je dois avouer que l’idée fait plutôt froid dans le dos et peut paraître à certains égards curieuse… Pourtant, en découvrant une montagne d’articles plus ou moins alarmants sur le sujet, j’ai décidé, bien que dubitative, de me pencher sur la question afin de démêler le vrai du faux.

Les Millenials, en mal de sexe?

Tout a commencé en 2016, lorsqu’une étude américaine, publiée dans le Archives of Sexual Behaviour  jette un pavé dans la mare en révélant que les millennials  américains– comprendre les personnes nées dans les années 80 et 90 dont je fais moi-même partie— feraient moins l’amour,  et ce, avec moins de personnes, que leurs aînés au même âge. « Malgré leur réputation de génération libérée, les millennials et les générations suivantes ont en réalité moins de rapports sexuels que leurs parents et leurs grands-parents » observe Jean Twenge, l’un des co-auteurs des recherches.

Les raisons invoquées pour expliquer cette chute du désir sont nombreuses et chacun y va de sa petite théorie. Dans son article choc publié à la une de The Atlantic en décembre 2018, Kate Julian énumère les coupables de ce qu’elle nomme tristement « la récession sexuelle » : « On m’a dit que ça pourrait être la conséquence de la hookup culture (des relations courtes et sans engagement plus souvent qu’avant), de la pression économique écrasante, de la hausse des taux d’anxiété, […] de l’usage accru des antidépresseurs, des plateformes de streaming, des perturbateurs endocriniens contenus dans le plastique, du porno en ligne, de l’âge d’or des vibromasseurs, des applis de rencontre, de la paralysie des choix, du carriérisme, de la carence de sommeil. Nommez l’une des joies de la modernité, et vous trouverez quelqu’un, quelque part, pour la rendre responsable de bousculer la libido. » Nos sociétés capitalistes et individualistes seraient donc la cause de notre sexualité en berne favorisant notre solitude, notre crainte de l’autre et notre peur de l’engagement. Tout un programme !

La sociologue Lisa Wade, que Kate Julian a rencontré pour les besoins de son article, précise que c’est lorsqu’ils sont engagés dans une relation sérieuse que les jeunes sont plus actifs sexuellement. Bon, en creusant davantage, je recense d’autres paramètres plutôt logiques et rassurants comme le fait, qu’entre l’allongement des études et l’abaissement des salaires, les jeunes vivent plus longtemps chez leurs parents, ce qui, faute d’intimité, ne favorise pas l’épanouissement sous la couette. Par ailleurs, bien que de nombreux tabous persistent, on a jamais autant libéré la parole autour du sexe qu’aujourd’hui, enterrant définitivement cette époque terrible où l’on se forçait. Le devoir conjugal est tombé en désuétude et on parle beaucoup plus de consentement ou de fluidité sexuelle. On décide quand on veut et avec qui on veut donc on privilégie la qualité à la quantité. Et ça, c’est plutôt une nouvelle réjouissante ! 

La sociologue Diane Pacom approfondit cette idée en montrant que l’envie de transgresser les interdits, longtemps associée à la sexualité, n’occupe pas la place qu’elle a eue autrefois chez les jeunes car contrairement à leur parents, ils n’ont pas connu de véritable révolution sexuelle. « Il fallait remettre en question la morale bourgeoise, la génération de nos parents, que l’on considérait comme responsable de la Deuxième Guerre mondiale, les valeurs religieuses, le sexisme. À ce moment-là, un être humain libre, c’était un être humain en contrôle de sa sexualité et de ses désirs. Aujourd’hui, on n’est plus dans cet état d’esprit » estime-t-elle.

Un autre point à prendre en considération et qui s’est vérifié empiriquement à chaque crise. Dès lors que l’économie d’un pays va mal, la sexualité est en baisse car elle ne passe de facto plus en  priorité. Une constatation peu étonnante mais vers laquelle, je n’encourage du tout à aller (rires).

Catherine Liang

L’économiste Allison Schrager va plus loin dans le raisonnement et considère que la baisse de la sexualité chez les millennialss’expliquerait par une aversion au risque plus accrue. En gros, notre génération aurait davantage peur que les précédentes et serait donc plus casanière, entourée et incitée et par un halo de technologies à base de Netflix et de moyens de communication en tout genre. On reste à la maison mais on en souffre pas car en s’abreuvant de séries, en likant, en commentant, on a le sentiment d’avoir un semblant de vie sociale…! Autre fait de taille, l’augmentation de la masturbation. Entre 1992 et 2014, le nombre d’Américains qui se masturbent chaque semaine a doublé… Et pour cause, entre la démocratisation du porno en ligne, l’apparition d’accessoires en tout genre, se toucher n’a jamais été aussi facile. C’est pratique certes mais vraiment pas engageant ! 

François Kraus, directeur des études à l’Ifopet spécialiste de la sexualité résume sans détour : « On peut combler ses besoins sexuels par la masturbation et le porno en ligne ; on peut combler son besoin d’échange, de soutien affectif et de popularité sur les réseaux sociaux. Il y a enfin l’effet Netflix : on est happés par des scénarios hautement addictifs, des séries faites par des génies, au point qu’avoir un rapport sexuel avec son partenaire passe au second plan.» En résumé, merci les écrans d’avoir colonisé nos existences… mais on vous rassure, si la façon d’appréhender le sexe a changé, l’amour lui existe toujours.

Peut-être qu’il faudrait tout simplement apprendre à se réconcilier avec son corps et chez Seconde Peau, cela nous tient à cœur. Valoriser toutes les beautés, toutes les morphologies pour se sentir belle et bien.

Pauline Weber

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